Et si l’intelligence artificielle pouvait permettre aux comptables de consacrer moins de temps aux tâches manuelles et davantage à leur expertise? C’est le pari derrière la startup Coalesc, dont le but est de transformer en profondeur la préparation et l’exécution du travail comptable.
Un problème répandu dans le milieu
L’idée derrière Coalesc est née d’un constat personnel. Anthony Uyende avait des proches du monde de la comptabilité qui pouvaient régulièrement faire des semaines de 60 ou 70 heures. Il s’est alors demandé pourquoi les comptables travaillaient autant et si certaines de leurs tâches pouvaient être automatisées.
En discutant avec différents professionnels, il a rapidement compris que le problème était loin de se limiter à son entourage. Une grande partie de leur temps est consacrée à recueillir les documents financiers, vérifier qu’ils sont complets, identifier ce qui manque, rapprocher les chiffres des pièces justificatives et préparer les dossiers avant que le comptable puisse exercer son jugement professionnel. C’est sur cette couche de travail essentielle, mais encore très manuelle, que Coalesc a choisi de se concentrer.
Aujourd’hui, les cabinets disposent déjà de logiciels comme CaseWare, Taxprep, QuickBooks ou Excel. Ces systèmes remplissent des fonctions essentielles, mais beaucoup de travail reste nécessaire pour vérifier les pièces justificatives, résoudre les incohérences et préparer les dossiers pour la révision.
L’ambition de Coalesc est de rendre une part croissante de ce travail exécutable par logiciel, tout en laissant au comptable le jugement professionnel, la gestion des exceptions et l’approbation finale. Cette approche produit d’ailleurs déjà des résultats sur le terrain. Pour un cabinet particulier, l’automatisation d’un seul processus utilisé pendant la saison fiscale a permis de récupérer environ 85 heures de travail. Dans un autre cas, une tâche de préparation qui prenait plusieurs heures a été réduite à quelques minutes.
L’IA au service du jugement comptable
Dans un domaine où les erreurs peuvent avoir des conséquences importantes, Anthony est conscient que l’adoption de l’intelligence artificielle doit s’accompagner d’un haut niveau de fiabilité. Des modèles comme ChatGPT, Claude ou Gemini peuvent notamment produire des réponses erronées ou des « hallucinations ».
Coalesc utilise donc l’IA là où elle est particulièrement efficace, notamment pour comprendre des documents et interpréter de l’information peu structurée. L’entreprise la combine à des contrôles logiciels, aux documents sources et à une révision humaine afin de rendre son travail vérifiable. Bref, le jugement professionnel demeure au cœur du processus : le logiciel peut préparer, vérifier et signaler les exceptions, tandis que le comptable révise, corrige au besoin et prend la décision finale.

Anthony lors d’une entrevue alors qu’il était toujours accompagné par Millénium Québecor en 2024
Cette approche s’inscrit dans le parcours d’Anthony. Son cheminement en mathématiques et en informatique à l’Université de Montréal lui a permis de développer une approche fondée sur les principes fondamentaux : remettre en question les façons de faire établies et se demander si elles sont réellement optimales. Ses expériences dans différentes entreprises technologiques lui ont ensuite permis de voir comment ce type de raisonnement pouvait être appliqué à grande échelle.
Le rôle de l’accompagnement dans tout ça?
Selon Anthony, son passage dans le programme Datapreneur de Millénium Québecor lui a permis de structurer considérablement son approche entrepreneuriale. Il retient notamment un conseil de Sophie Poirier : privilégier la génération de revenus plutôt que de considérer une levée de fonds comme une validation du potentiel d’une entreprise. Comme elle le mentionnait alors : « La meilleure validation en entrepreneuriat, c’est d’avoir des clients qui te payent. »
Plus largement, Anthony souligne la méthodologie acquise durant le programme pour passer d’un problème identifié à une entreprise qui démontre sa valeur sur le terrain : parler aux utilisateurs, trouver un premier client, réaliser un projet pilote, mesurer les résultats et utiliser ces apprentissages pour développer le produit. C’est ce qu’il décrit comme l’art de « passer de 0 à 1 ». Cette façon de travailler continue d’orienter le développement de Coalesc.
Vers une comptabilité plus autonome
À court et moyen terme, Coalesc veut automatiser une part croissante du travail routinier nécessaire à la préparation d’un dossier comptable. L’objectif n’est pas de remplacer les logiciels déjà utilisés par les cabinets, ni de retirer le comptable du processus. Coalesc veut plutôt exécuter davantage du travail nécessaire entre les informations reçues du client et la révision finale du professionnel.
L’entreprise souhaite maintenant accélérer son développement au Québec et en Ontario, puis étendre cette approche à davantage de cabinets et de types de mandats en Amérique du Nord. À terme, Anthony veut faire de Coalesc une couche d’exécution autour des systèmes comptables existants. Le principe est selon lui très simple : « le logiciel exécute, mais le comptable décide. »
Pour en savoir plus sur Coalesc : https://coalesc.ai/fr/